MAÏKA OU AKIAM

Carte d’identité : Maika, Akiam de son nom d’artiste, 21 ans, résidant à Toulouse, jongleuse professionnelle entre psychanalyse sonore et productions envoutantes.
Sujet : mettre en lumière le parcours erratique d’Akiam, entre religion, rap et impression de dissociation dans un milieu profondément masculin.

Devenons nous artiste ou naissons-nous artiste ? Vaste question qui n’enjoint jamais de réponse définitive. Pour le cas de Maika, le point culminant de cette rencontre avec la musique se fait dans un endroit fort en symbolique: l’église. Lieu d’introspection mystique, c’est durant les chorales chrétiennes qu’elle embrasse le son de sa voix. Son inscription dans ce travail de chant collectif à été déterminante pour comprendre que sa voix avait du potentiel et planter la graine artistique. Qui remercier ? Papa? Maman? Dieu?

 

Des inspirations diverses et variées

Étymologiquement le mot « inspiration » est emprunté du bas latin inspiratio, qui signifie  « souffle ; inspiration ». Toujours dans cette mystification avouée de l’artiste la question des inspirations vient rassurer le lectorat quant à la vraie nature des artistes : influençable, comme vous et moi. La télévision, véritable vecteur culturel permet à Maika de s’épanouir dans une infinité de possibles. Des artistes comme Beyoncé, Rihanna, Christine and the Queens ou encore Tyler The Creator prennent place sur le podium des tendances musicales des années 2010. Toujours à la même époque les clips audiovisuels se démocratisent très rapidement et permettent à un large public de s’identifier aux artistes.
Des plateformes comme Youtube, mettent en avant ces nouvelles stars, et ouvrent un champ de possibilité pour ceux qui les regardent. L’émergence des chaînes télévisées consacrées à la diffusion de clips musicaux rend possible l’identification aux artistes. La musique se veut aujourd’hui aussi visuelle, et permet de mettre en avant l’artiste et son univers. C’est en mélangeant ces deux dimensions, musicale et visuelle que l’inspiration de Maika se précise, baignée dans cette digitalisation de la musique, elle y découvre de nouveaux genres qui vont nourrir son personnage Akiam.

 

Un style hybride 

Véritable hymne d’indépendance du système ou besoin irrépressible d’exprimer l’inexprimable, la musique underground est aujourd’hui un (fier) fer de lance de la Culture avec un C majuscule. C’est dans ce milieu musical de « niche », qu’Akiam s’épanouit et tente d’imposer son style.
Indéfinissable, c’est en mélangeant plusieurs genres qu’elle se découvre.
Passant du hip hop au gospel, l’univers d’Akiam ravit son public qui vit une véritable expérience sonore. « Mes textes c’est un peu de la psychanalyse poétique » souligne Maïka. Sous couvert de métaphores, sa pratique artistique est avant tout une introspection offerte au public, une mise à nue presque assumée. L’écriture de ses textes est multisyllabique, étoffée de jeux de mots et de beaucoup d’autodérision. « J’ai un peu un état d’esprit décousu et ça se ressent dans mes sons car rien n’est trop linéaire » selon Akiam. Pour accompagner sa voix, elle créé ses propres productions sonores. Mix entre utilisation de sons graves, de basses et de beats intenses, Akiam rythme aussi ses oeuvres en y insérant des transitions rapides et brutes sur un fond mélodieux d’acapella.

 

Une binarité assumée  

Véritable objet d’influence et de communication, l’image de l’artiste postée sur les réseaux répond aux besoins de son « public » de voir et de mettre une image sur des sons déjà écoutés. Akiam part à contre sens quand il s’agit de s’exposer, de se montrer. Véritable peur de ce tribunal public qu’est Instagram ou faible maitrise de la communication numérique ? C’est en face du lieu de culte qu’est la Cathédrale Saint Sernin qu’elle avoue : « Je vis en constante dissociation de mon personnage » affirme Akiam. Productions musicalement fortes, textes poignants, présence décomplexée sur scène et extrême timidité quant à son image. L’univers de l’artiste est fait de différentes contradictions, toutes plus ou moins assumées. Ne pas s’exposer virtuellement mais se livrer émotionnellement sur scène. Privilégier un public mainstream mais espérer ne plus rester dans « l’ombre ». C’est cette instabilité artistique et personnelle qui caractérise le côté insaisissable d’Akiam et nourrit son propre mystère.

 

Le milieu musical toulousain

Le 31 octobre la ville de Toulouse a été nommée « Ville des Musiques » par l’UNESCO.
Rien de très étonnant en vue de la diversité musicale de la ville. L’art musical se retrouve dans les différents lieux culturels : Le Bikini, le Connexion, mais aussi dans les bars du centre ville comme le Ravelin, the Thirsty Monk, the George and Dragon pour n’en citer que quelques uns. Nombreux sont les artistes toulousains qui ont participé à la renommée de la ville : Claude Nougaro, Cats on Trees ou encore Big Flo et Oli.
Cette énergie musicale est l’empreinte de Toulouse et permet aux artistes de rêver à une ascension artistique.
C’est en 2021 qu’Akiam fait sa première scène au Connexion lors d’un Open Mic. Par la suite les dates dans les bars s’enchaînent et plus récemment elle a fait partie de la dernière édition au Connexion de Toulouse est en feu. La ville est riche de sa programmation musicale, mais elle est aussi le lieu d’une certaine forme de concurrence entre artistes. Jusque là rien d’anormal : peu de scènes musicales toulousaines pour beaucoup d’artistes, l’équation se veut donc négative. La seconde difficulté est dans son statut de femme, dans un milieu rap aujourd’hui encore très masculin. De la composition des programmes à la représentation sur scène, les inégalités femmes-hommes sont particulièrement marquées dans la musique. Selon Myrtille Picaud, sociologue au CNRS : « La prégnance du genre dans les hiérarchies artistiques peut être expliquée par la persistance de représentations stéréotypées qui affectent l’évaluation du « talent » ». Il appartient aussi aux publics de normaliser le fait d’avoir des programmations plus paritaires et faire découvrir des femmes à leur audience.
L’enjeu se trouve aussi dans les choix de programmation qui privilégient les artistes hommes : « Ainsi, on constate que les femmes sont particulièrement peu présentes dans les événements rap et le hip-hop (10%) ».
Mélangeant rap et gospel, cette pluralité artistique lui permet d’apparaître sur différents événements musicaux à Toulouse mais aussi d’embrasser cette difficulté sociale explicitée précédemment. Malgré cela, elle espère un changement des mentalités dans les années à venir et continue néanmoins sa route artistique plus que prometteuse.

-ANNE Amandine 

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